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JE N’AI PAS CHANGÉ, JE ME SUIS ADAPTÉE

Récemment j'ai effectué un trajet paris-Montpellier en TGV. J'étais très enthousiaste de pouvoir retourner dans le sud; ces quelques jours à Paris m'ont semblé une éternité; le ciel grisâtre du mois de février, le retour de la neige après tant d'années, la chasse aux métros; pire les nombreux retards dus aux travaux d'innovations entrepris dernièrement...j'étais mal tombée cette fois.

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Ouf!!! 
C'était un soulagement de pouvoir prendre le chemin de retour. Complètement emportée, je revoyais déjà des rayons de soleil caressant mon corps de nouveau.

Vite, je veux retourner dans ma belle Occitanie, profiter du paysage naturel de l'Hérault et atterrir à Montpellier! ma métropole peuplée; je suis plongée dans le souvenir de ta beauté. Je suis hâtée de revivre cette gaieté; le bonheur que me procure le climat méditerranéen si doux au couchant et tout chaud dès l'aurore.

Je veux marcher dans ce quartier chic en plein centre ville, si vous devinez, j'ai tant d'admiration pour son bel architecture rustique! ça y est je ne pouvais plus attendre une minute.

Ainsi, je suis entrée dans le TGV au grand galop. Mais contre tout espoir, tel le sort d'un mauvais parieur, mon excitation a duré le temps d'un feu de paille.

Étonnement ou mécontentement, dès les premiers instants, mon humeur a basculé et je me suis retrouvée dans un état d'esprit inexplicable.


Avec succès, ce voyage m'a complètement bouleversée; je n'aurais pas dû, un vol aurait été mieux, si j'avais su! en tout cas la prochaine fois je partirais pour un covoiturage.


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Toutefois, j'apprécie les voyages en TGV; j'adore ce moment où je me retrouve seule au milieu des tous, occupée par mes pensées.

Parfois, dansant aux rythmes de la paresse à la même vitesse que le train ou alors accompagnée le plus souvent d'un livre qui lui aussi me fait voyager; vous devriez essayer, c'est si bon de faire deux voyages simultanés. En vrai ça n'existe pas, cela se passe uniquement dans la tête de nous, rêveurs.


 Le problème avec celui-ci c'est qu'il m'a rappelé un autre voyage en TGV que j'avais effectué il y'a un an; mon tout premier, celui qui m'a permis de rencontrer Montpellier le lendemain de mon premier jour à Paris. Je ne vais pas vous étaler pour Paris; c'est tellement vite passé que j'en garde seulement les plus gros souvenirs.

En somme, je me rappelle avoir passé la moitié de la journée dans les escaliers roulants; il a une bonne manière d'aller très vite ce truc! pour ma part, ça n'a fait qu'accélérer mes mauvaises surprises. Déjà le poids de mes valises ! je pesais une cinquantaine de kilos moi-même à l'époque.

Ce poids, cette douleur sur mes épaules, elle a duré jusqu'à hier.. c'était un truc de fou ! Quand j'y pense, comment j'ai pu me permettre de transporter vingt trois kilos fois deux plus dix de choses quasi inutiles? Sinon comment aurais-je ne pas pouvoir avec l'insistance de ma mère qui voulait que je garde TOUT.

Pourtant mon père, d'un air avertisseur, ne cessait de répéter que si cela ne tenait qu'à lui, je partirais avec une valise vide. 
Moi toute seule, plus tard à Paris, sous ma croix de cinquante six kilos, j'ai repensé à eux deux; cette scène entre la protectrice et le préventif ne sachant qui remercier sur le coup, je me suis contentée de lâcher un sourire très court.


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Le lendemain matin, j'ai payé soixante dix euros pour échanger mon fardeau avec le premier TGV qui nous transporta jusqu'à Montpellier.
 Aussitôt a t-il démarré, que je ne voulais plus y aller.


Je ne me rappelle pas de tout mais je revois une jeune fille, vêtue d'un "blue jean"plus ou moins serré, un pull violet colle v, et des ballerines blanches. Mes cheveux étaient tressés façon rasta, mi-long. J'étais petite de corps, très négligente, inoffensive avec des yeux ça et là pétillants d'incertitudes et de tristesse.

Perdue dans cette voiture numéro six, je pleurais toutes les dix minutes, je ne pouvais m'en empêcher car cette phrase résonnait très fortement dans ma tête, c'était la dernière de mon père; mots pour mots :<voilà que tu pars étudier; les diplômes sont importants pour aller de l'avant dans ce monde mais ce qui compte encore plus, c'est ce dont tu as besoin pour évoluer dans la vie et qui te détermine réellement: ça c'est qui tu es, ta personnalité; ne change pas.>

Ces trois derniers mots m'ont fait beaucoup de peine, je ne cessais d'y réfléchir. Comment changer de pays, de continent et ne pas changer moi-même ? De quel changement parlait-on il y a vingt quatre heures? Quoi qu'il en soit, j'avais fait une promesse.
 Durant ce trajet, j'ai regardé ma montre plus de mille fois, j'espérais que le temps s'arrête mais rien n'y fit. Je voulais ouvrir les yeux pour me retrouver de façon abracadabrante à Cotonou.

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Mais ça non plus ne s'est réalisé. Moi qui avais tant rêvé d'un paradis, serais-je entrain de me rendre compte que je venais de le quitter?
 Ce fut le plus long voyage de ma vie, et là j'imagine celui que faisaient ces êtres condamnés à la peine capitale.

Sans doute, ce qui est torturant, ce n'est pas la mort qui les attendait au tournant mais le temps libre qui les sépare de ce dernier jour dont ils avaient dû tant rêver. Douloureux voyages! Malheureux rêves!heureuse abolition.


Moi j'ai continué mon chemin... Je ne savais pas si on était arrivé; le capitaine l'a annoncé mais j'ai préféré ne pas comprendre... sinon j'ai entendu gare de Montpellier Saint Roch donc j'étais descendue quand même, guidée par une force inconnue.


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Et là j'attendais mon grand père qui ne devait tarder quand une dame s'approcha de moi: elle voulut savoir si nous étions bien à la gare de Montpellier; je répondis oui et compris que c'était le début d'une bonne balade. J'étais quelque peu soulagée. Dis donc, je ne suis pas la seule perdue dans ce monde nouveau, là où tout paraît beau même si dans le fond c'est chaud.

Vite, apprenant à être mon propre père le jour et ma propre mère le jour comme la nuit, il ne m'a pas fallu assez de temps pour accepter que plus rien ne sera comme avant...

D'aucuns ont pensé pareil après avoir reçu deux à trois sourires tout faux; ma voisine me l'a confirmé; dans son cas, les plus hypocrites venaient de ses semblables. 
Avec le temps, j'ai dû accueillir les changements à bras-ouverts enchaînant une succession d'instabilités de tous genres. De surprises en surprises, j'ai fini par stagner dans un bain de modestie. 
Je ne cesse de me questionner: à quand mangera t- on encore tous ensemble dans la même assiette?

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Rira t-on bientôt aux éclats? J'ai peur de ne plus pouvoir à force de trop presser les pas.


Déjà, les hauts et les plus bas, m'ont suggéré mille manières de me façonner mais j'ai longtemps résisté pensant à ma promesse.
 Aujourd'hui, tant de changements; tout est remodelé.
..

Ce soir, j'ai juste envie de dire: papa ta fille n'a pas changé; elle s'est juste adaptée.


Papa💙


A quand remonte votre plus long voyage?

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